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To François Carron (frère de Julie)    mars 1801

[début de mars 1801]

Il y a bien longtemps, mon cher frère et mon bon ami, que je voulais t'écrire et te remercier des démarches que tu avais faites pour moi relativement au Prytanée 1. Des occupations qui ne me laissent pas un moment ne me l'avaient pas encore permis, et j’espère qu'elle me laisseront aujourd'hui un moment de tranquillité pour m'entretenir avec toi.

Tu t'étais donné bien de la peine pour me procurer des renseignements sur la route que je devais suivre pour obtenir quelques recommandations auprès de Comberousse ; mais il se trouve à présent que cette place n'est plus pour lui, je suis à peu près sûr qu'on va nommer un autre directeur, mais je ne sais sur qui tombera le choix et, en attendant, tout reste là.

J'espère que tes projets réussissent mieux que les miens et que tu te trouves dans une position stable et avantageuse puisque ta femme va nous quitter. Nous serions trop fâchés de son départ, si nous ne pensions pas qu'elle retourne auprès de toi pour te rendre le bonheur dont tu es privé depuis si longtemps. Puissiez-vous voir tout réussir à votre gré et revenir bientôt à Lyon avec quelque bonne place pour toi, car personne ici ne sera parfaitement content que nous ne soyons tous réunis.Tu sais bien comme Julie t'aime et je ne suis qu'un avec Julie.

La pauvre petite a aussi ses inquiétudes, mes profits sont incertains, les élèves vont et viennent sans qu'on sache jamais sur quoi compter. Le Prytanée arrangerait tout, mais qui sait ce que cette espérance deviendra ? Si tu voulais ajouter un nouveau service à tous ceux que tu m'as rendus, tu tâcherais de voir M. Cayre 2 ; son adresse est chez Billotet, restaurateur, Quai Voltaire. Tu pourrais savoir de lui où en sont précisément les choses et s'il songe toujours à moi.

Je t'avoue que j'ai craint quelque temps les intrigues de Boucharlat 3 qui travaillait beaucoup auprès de quelques personnes en place pour avoir celle que je désire. Quoiqu'il ait assez travaillé en mathématique, je ne sais s'il pourrait seulement être admis sans de nouvelles études à l'école Polytechnique d'après tout ce qu'on exige aujourd'hui. La protection de M. Cayre suffit au reste pour me rassurer, pourvu qu'il ne m'oublie pas. Je n'ai pas besoin de te faire le détail de ce qu'il conviendrait de lui dire. Tu sais que je l'ai vu à son voyage à Lyon et qu'il m'a promis de s'intéresser pour moi. Je lui ai écrit depuis, mais il ne m'a pas répondu faute d'avoir mon adresse. Il faudrait bien se garder de lui parler des démarches qu'on m'a conseillé de faire auprès deComberousse, quoique ce soit son frère lui-même qui m'a donné ce conseil. S'il te demandait mon adresse, c'est rue Mercière, Maison Rossel, n° 18 au premier.

Tu vois, mon bon frère, que je compte bien sur ton amitié et que je te fais un long détail de tout ce qui m'occupe. Ma pauvre Julie a une fluxion qui me tourmente bien. Heureusement qu'elle va mieux aujourd'hui. Ta femme est venue nous voir et lui tenir compagnie. J'ai vu avec bien du plaisir que sa santé n'était pas mauvaise. Je t'en souhaite une bonne aussi avec tout ce que tu désires et je t'embrasse de tout mon cœur. A. AMPÈRE

Au citoyen Carron, chez Mercey, rue Cérutti N° 16, à Paris.

Footnotes

(2) Il est question du Prytanée dans la Lettre 0039 qui parait être de la fin septembre 1800. Le départ pour Paris de Mme Carron est de fin mars 1801. Cette lettre se place ainsi au début de mars 1801.
(3) Carron répond le 16 mars 1801 qu'il a vu M. Cayre.
(4) Il est question de Boucharlat, page 112.

Please cite as “L13,” εpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 22 October 2020, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L13