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To Claude-Julien Bredin   s.d.

s.d

[ illeg] J'ai maintenant à réclamer l'accomplissement d'une ancienne promesse faite bien solennellement. Nous pariâmes, il y a trois ans, ton portrait dessiné ; j'ai du reste gagné le pari, et tu le sais bien. En conséquence, il faut que tu me l'apportes fait par Prial qui, justement, est dans ce moment-ci à Lyon. C'est de sa main que je veux ce dessin, parce que je sais que personne ne l'égale dans l'art de rendre les traits physionomiques et que (je) veux surtout, s'il est possible, que sous ce rapport l'image représente tout l'original. Tu sais que nous mettons tous deux la même importance à l'expression de ces traits caractéristiques de l'âme. Ainsi que Prial te dessine, et que je puisse enfin avoir une chose promise depuis si longtemps.

J'ai eu l'autre jour une longue conversation avec M. Degérando. Nous avons parlé de toi et de beaucoup d'autres choses. Plusieurs t'auraient fait plaisir, si tu avais été de cette conversation. Viens donc bien vite partager de semblables entretiens.

Croirais-tu, cher ami, qu'il y a eu une longue discussion métaphysique à la dernière séance de la 1ère classe de l'Institut. En faisant un rapport sur un Mémoire de Montègre relatif à l'art de ventriloques, M. Hallé appela jugement, comme l'ont fait tant d'autres psychologistes, un phénomène particulier qui n'en est point un, et sur lequel M. de Laplace a un système qui lui est propre, et qui est une chose excellente, un pas qu'il a fait dans la science de l'entendement. Il voulut expliquer sa théorie, et parla très bien, mais peu de personnes le comprirent. Il manquait de mots pour rendre sa pensée. Je le compris très bien, moi à qui il a communiqué autrefois ces idées, et qui ai placé ce phénomène dans mon dernier tableau sous le nom d'optoplérose. Ah ; s'il avait pu dire optoplérose, comme tout le monde l'aurait bien entendu ; J'entends par tout le monde, ceux qui auraient étudié mon tableau , c'est la chose qu'on voit, et tu sais qu'en psychologie on prend ce mot dans le sens général qui n'est pas borné à la vue des yeux. , c'est le complément, l'action de compléter. Au reste, c'est bien dans le cas de la vision proprement dite que l'optoplérose se montre continuellement et doit être considérée comme plus importante. Tu comprends bien que c'est par elle qu'un tableau plat fait saillie, que le panorama présente une si vaste étendue où se développent des formes si variées que les enfants prennent la voûte bleue pour un firmament solide, etc., etc...

C'est bien assez de psychologie pour cette fois. J'ai retrouvé le cahier fait à Lyon il y a trois ans avec Roux. Je le récris en le modifiant et le commentant. Il m'est impossible de m'appliquer dans les inquiétudes où je suis de quelque autre sujet que ce soit.

Adieu, bien cher ami, je te prie d'offrir mes hommages à Mme Bredin, M. Huzard m'a donné de ses nouvelles et de l'enfant que je (ne) connais pas encore. Comment s'appelle-t-il ? ---- écris-moi vite, mais surtout viens bien vite à Paris. Puisse ta première lettre m'annoncer le jour de ton arrivée. Je t'aime et t'embrasse de toute mon âme. Ton ami.

A M. Bredin, directeur de l'École impériale vétérinaire, à Lyon, Rhône

Please cite as “L16,”εpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 19 November 2018, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L16