To Julie Carron-Ampère (1ère femme d'Ampère)   16 août 1802

[1606]Du lundi soir [16 août 1802]

J'ai fait la route, ma bonne amie, comme je t'avais promis de la faire. Arrivé à 1 h[eure] et demie à Belleville, j'espérais atteindre encore le courrier de Châtillon ; mais je le manquai de plus d'une heure et je m'assurai qu'il est absolument impossible de l'atteindre quand on ne débarque pas à Trévoux. Après m'être reposé une heure dans un pré, près de Châtillon, je me remis en marche et j'arrivai à 8 h[eures] à une auberge qui n'est distante de Bourg que de 2 lieues ; on[1607] l' appelle le Guillet. C'est là où j'ai couché, et je suis arrivé ici ce matin avant 7 h[eures]. Voilà bien des détails que je ne te ferais pas si tu n'étais pas si bonne que de t'intéresser à moi ! Quand pourrai-je en savoir de la situation où tu te trouves ? Il a fait bien chaud encore aujourd'hui, plus chaud qu'hier ! Ma pauvre amie, que je voudrais être malade à ta place ! J'attends une lettre de ta sœur comme j'attendais les tiennes toutes les fois que je me suis trouvé loin de toi. Je n'ai pas pu t'écrire de tout le[1608] jour à cause de l'examen de M. Clerc qui prend tout mon temps . J'espère qu'il finira demain au soir. Je vais me coucher, car j'ai bien sommeil ; je te souhaite de dormir comme je vais le faire. Le temps semble se brouiller, cela me ferait bien plaisir, mais je ne sais s'il annonce aussi la pluie à Lyon.

Du mardi matin [17 août] J'ai eu le plaisir en me levant de voir tomber un peu de pluie. Pourvu qu'il en tombe aussi à Lyon et qu'elle puisse rafraîchir l'air ! Il fait toujours[1609] bien chaud. Le temps est pesant et tu dois être bien tourmentée. Mes élèves vont venir à sept heures du matin préparer quelques drogues avant que l'examen commence. Je voudrais pouvoir \te dire/, avant qu'ils vinssent, tout ce dont j'ai le cœur plein ; mais tu le devineras bien sans cela. J'ai laissé tout ce que j'aime, malade à Lyon, et je ne pourrai y retourner que dans 5 jours. Que ce temps -là me paraîtra long ! De tes nouvelles[1610] par élise, voilà la seule chose qui puisse un peu l'abréger ! Je m'en vais lui écrire à élise. Je t'embrasse bien doucement pour ne point t'échauffer, mais d'un baiser bien tendre. Je baise aussi le petit. Dis-lui que son papa de Bourg l'aime bien et l'ira voir dans 5 jours ; [je] partirai dimanche ma[tin] pour arriver le même jour. Adieu, adieu ma bienfaitrice, ma tendre amie, ma pauvre malade, malade pour moi et pour mon enfant ! Je t'embrasse de toute mon [âm]e. A. AMPÈRE. [1611] élise, je voulais t'écrire pour te prier de me donner des nouvelles de Julie, mais mes élèves m'attendent dans le laboratoire pour faire des gaz, il faut que j'y aille, ne m'oublie pas je t'en prie, ma sœur que j'aime bien, écris moi des nouvelles de ma Julie. A. Ampère

A Monsieur Richard, chez les frères Périsse, libraires, grande rue Mercière, n° 15, pour remettre, s['il] l[ui] p[laît], à Mme Ampère-Carron, à Lyon.

Please cite as “L164,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 5 June 2025, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L164