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To Julie Carron-Ampère (1ère femme d'Ampère)   3 mars 1799

Dimanche, 3 mars 1799

[hand: André-Marie Ampère] [1526]Mademoiselle, Il m'est donc permis de vous écrire ! De me dédommager un peu de la privation que j'éprouve. Ce jour qui était destiné au bonheur de vous voir, il a fallu le passer à Lyon. Je peux du moins l'employer à vous répéter que \qu'a/ tous [les jours], toutes les heures, tous les momens [moments], mon âme est toujours pleine de la même idée. Du lundi. Je voudrais pouvoir exprimer mille sentimens [sentiments] à la fois, l'excès de mon amour, celui de ma reconnaissance, les chagrins d'une absence si longue, les transports de joie avec lesquels j'ai reçu la charmante permission que votre maman, ou plutôt ma seconde mère, vient de m'accorder, les souvenirs charmans [charmants], les images délicieuses qui m'ont consolé dans mon exil, tout se presse au bout de ma plume. Je n'en peux plus douter, [1527]j'étais né pour être le plus heureux de tous les hommes. Les sentimens [sentiments] les plus purs, les plus doux, me guident à la véritable félicité que je vois chaque jour s'approcher de moi. Cette chambre, aujourd'hui déserte, sera bientôt habitée par une épouse adorée ; je pourra [pourrai] lui consacrer tous les momens [moments] de ma vie ; elle sera heureuse de mon bonheur comme je le serai du sien ; la confiance, l'amitié, le pur amour se partageront tous nos momens [moments]. Ah non ! Ils ne se les partageront pas, ils régneront ensemble, mon cœur se presse à ces idées de paix et de bonheur dont je suis environné, je la verrai assise devant cette cheminée, auprès de cette table, elle me dira qu'elle m'aime !... Mais je m'égare, Mademoiselle, j'oublie que vous n'avez point fixé le terme de mes peines, que ma [1528]félicité est peut-être encore bien éloignée ; cette idée serait trop pénible si votre bonté n'en adoucissait pas l'amertume. J'espère recevoir aussi un petit thalisman [talisman] qui a une merveilleuse vertu pour faire prendre patience aux cœurs partagés entre l'amour et l'espérance. On n'admet dans sa composition que de l'encre et du papier, mais il ne peut être fait que par l'objet chéri du sentiment délicieux à qui je [ illeg] \à qui je dois/ depuis trois ans, tous les plaisirs et toutes les peines de ma vie. Ah, quand pourrai-je voir se réaliser ce charmant espoir ? Quand est-ce qu'un mot de réponse tracé de la main de Julie viendra mettre le comble à ma félicité ? Si j'en croyais mon amour, cette lettre ne finirait jamais ; la crainte de vous ennuyer, en vous répétant ce que depuis longtems [longtemps] vous savez aussi bien \que moi/, et l'envie d'offrir à Madame [1529] votre mère l'hommage de la reconnaissance éternelle et de l'amour filial de son cinquième enfant (1), me forcent à y mettre des bornes. Daignez, Mademoiselle, recevoir, avec ce charmant sourire qui m'a fait éprouver des sensations si délicieuses, l'assurance des plus tendres sentimens [sentiments] que le respect, l'amour, la reconnaissance, peuvent inspirer au cœur le plus passionné, au cœur de celui qui ne veut vivre que pour vous adorer et vous rendre heureuse. A. AMPÈRE

A Mademoiselle Mademoiselle Julie Caron à S[ain]t-Germain.

Please cite as “L20,” εpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 21 October 2020, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L20