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To Julie Carron-Ampère (1ère femme d'Ampère)   avril 1800

Vendredi [Avril 1800]

Ta sœur avait dit à Louison que je n'aurais point de nouvelles aujourd'hui de ma bonne amie, ni de moyen de te faire parvenir une lettre. C'est pour cela que je ne t'ai pas écrit dans l'espérance de te dire demain tout ce que j'aurais mis sur le papier, et voilà que Bois vient d'arriver et ne me laisse qu'un moment pour te répéter ce que je t'ai dit mille fois, mais qui me procure toujours un nouveau plaisir, une satisfaction plus vive, à te répéter le plus souvent que je le peux. Ma pauvre petite, que j'ai été content de trouver un si joli nom à la fin de ta lettre, et un si joli mot à côté de ce joli nom : Ta Julie t'aime. Tu vois bien que, si tu n'aimes pas que je t'appelle ma bienfaitrice, il ne faut pas m'écrire de ces choses-là.

Ah, ma Julie, écris m'en toujours, sois toujours ma bienfaitrice ! C'est mon bonheur, le plus grand qui puisse exister, que de pouvoir donner ce nom quand on est heureux de tes bienfaits. Ma bonne amie, ta sœur se porte bien, mais je ne l'ai pas vue aujourd'hui. J'ai entendu sa voix et, comme j'allais lui dire bonjour, je l'ai aperçue par l'escalier. Elle dîne chez test cousins. Je dînais quand Bois est venu me donner de tes nouvelles. Il m'a dit que tu lui avais donné une lettre, mais il l'a oubliée à son cabaret, et c'est encore là un de tes bienfaits dont je ne jouirai que quand celle-ci sera partie ; car Louison va la lui apporter en prenant la tienne. Je n'ai qu'un petit moment pour embrasser ma Julie. Aussi j'en profite bien. Je te baise au front, aux joues, à la bouche, au sein, etc., etc., etc. de toute mon âme. Mais ces pauvres baisers n'auront de réalité que demain. Pourvu encore que je ne sois pas obligé de rester à cause de ta sœur ! Que le temps me durerait, malgré tes charmantes lettres qui sont toute ma consolation.

Ah, je me souviens que tu m'as dit que j'étais la tienne. Il faut rester sur cette pensée, pour ne plus songer qu'aux douces et tristes pensées dont elle remplit mon cœur, tu le devines assez. Adieu, ma bonne amie, encore un baiser, adieu. A. AMPÈRE

A Mme Ampère la jeune chez Mme Carron à Saint-Germain-au-Mont-d'Or.

Please cite as “L29,” εpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 21 October 2020, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L29