Ne soyez pas fâché contre moi, mon cher Roux, si je réponds si tard aux deux lettres que vous m'avez fait le plaisir de m'écrire. Je voulais prendre auparavant les informations que vous me demandiez et, pour un homme qui n'a pas un moment, qui ne sort qu'à des jours et heures fixes pour achever un ouvrage dont dépend la tranquillité de sa vie et de celle qu'il aime, ce n'est pas là une chose facile. Je n'ai presque pas pu encore m'occuper de mon cours à l'Athénée et je dois le commencer après-demain. Voici cependant quelques-uns de renseignements que vous me demandez. Prévoyant qu'il va m'être encore plus impossible qu'auparavant de faire les autres lorsqu'il faut rassembler les matériaux de ce cours, préparer d'avance quelques leçons, etc., je ne pourrais m'en acquitter que quand je serai hors de ce premier travail. Pensez qu'il faut sacrifier une matinée pour aller au jardin des Plantes voir M. Laugier et n'exigez pas cela de moi dans ce moment.
M. Durand, instituteur et cultivateur à Glos-sur-Lisieux, près Lisieux, département du Calvados, a présenté à l'exposition une charrue à deux socs à l'aide de laquelle on fait, d'après l'expérience, l'ouvrage de quatre chevaux et de deux laboureurs, avec deux ou trois chevaux et un seul homme ; le fait m'a été assuré par un de ceux qui ont été témoins de l'expérience, elle paraît hors de doute, et vous en trouverez les détails dans le rapport du jury de l'exposition. Pour s'en procurer le dessin, il faut écrire à M. Durand à l'adresse que je viens de vous donner. Rumford a proposé des globes de gaze pour envelopper la flamme des quinquets, ce sont les frères Girard qui emploient des globes de verre dépoli, ils fatiguent un peu plus la vue que la gaze, mais éclairent bien mieux ; ils ne blessent d'ailleurs nullement la vue comme les quinquets à découvert. Tous ces moyens n'augmentent ni ne peuvent augmenter l'éclairage, mais ils répandent la lumière plus également. Les mêmes frères Girard, en leur écrivant rue de la Loi, vous fourniront pour 42 fr. une bonne et grande lampe de cette sorte, à réservoir d'huile au-dessous de la flamme et ne donnant d'ombre d'aucun côté ; il faut y joindre un globe qui coûte 12 fr. Les mêmes vous fourniront des lampes ayant les mêmes avantages mais plus petites, et où le globe est remplacé par un réflecteur, pour 21 fr., le réflecteur compris. Je me sers habituellement d'une de ces lampes, il faut y remettre de l'huile après 10 ou 12 heures de combustion, mais on peut éteindre avant ce temps la lampe et la rallumer, longtemps après elle achève son temps. Les lampes de Joli n'ont pas cet avantage ; 10 heures après qu'on y a mis de l'huile, il faut en remettre, soit qu'elle ait servi ou non ; mais elles sont d'un service plus facile, ne se dérangent point, comme il arrive quelquefois à celles des frères Girard, ne font de même ombre d'aucun côté et sont à meilleur marché : 36 fr. ou 40 fr. les plus grandes, 10 fr. ou 12 fr. les petites, très jolies.
Quant au programme de mon cours, il ne m'en reste plus ; mais j'en ai envoyé un à Ballanche pour l'insérer dans son journal, où vous l'aurez peut-être déjà lu. Adieu, mon cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur. écrivez-moi donc quelque chose de vos découvertes en physiognomonie. Tout à vous A. AMPÈRE
Please cite as “L305,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on