Que te dirai-je, mon tendre ami, que te dirai-je dans ton malheur ! Depuis avant-hier que je l'ai su par Ballanche, je n'ai pu encore t'écrire. La seule chose qui pût m'en consoler, c'était de m'occuper de toi. J'ai vu deux fois M. Huzard et un parent du Ministre que je connais particulièrement. M. Huzard ne désire qu'une chose, c'est que tu sois Directeur de l'école vétérinaire.
Mais, comme il avait des craintes, je me suis adressé à ce parent ; je voulais voir aussi M. Mottet de Gérando ; j'y ai été aujourd'hui, mais il n'était pas chez lui ; j'y retournerai demain matin. J'espère que quelqu'un de tes amis à Lyon lui aura écrit et que cela fera une meilleure recommandation que la mienne. Mais pourquoi vais-je te parler de tout cela ? Ce n'est pas ce qui t'occupe, je le sens bien. Je souffre de ton chagrin plus que je n'aurais pu l'imaginer.
J'ai réuni tes lettres pour les relire chaque fois que j'en aurai le temps. Comme elles m'ont frappé en les lisant ! Hélas ! l'avant-dernière m'avait flatté d'une lueur d'espoir qui a été vite anéantie. J'ai reçu hier celle que tu m'as écrite depuis qu'il n'y en a plus pour toi.[294] J'y répondrai en détail dès que je pourrai en avoir le temps. J'ai tant de choses à te dire sur cette lettre. Je crains de manquer le courrier d'aujourd'hui, car il est déjà plus d'une heure. Dis, je t'en prie, à Dupré, que M. Cuvier va en Italie tout organiser, à ce que je crois, pour l'instruction publique. Je le verrai demain matin, pour le professeur de Nice, que Dupré m'a recommandé. Malheureusement j'ai oublié absolument son nom, et quelques autres détails qu'il serait bon de donner. Dupré devrait me les écrire de suite. Si je n'ai pas pu lui répondre, il doit me le pardonner dans des moments où je ne pouvais pas t'écrire à toi-même.
Écoute, mon ami, si l'on savait à Lyon que j'y inspecterai encore cette année, le grand Maître serait très mécontent, et Mussy m'a menacé en l'apprenant que cette disposition ne fut changée dans ce cas. Il ne m'a permis de l'écrire qu'à toi seul. Ainsi ne le[295] dis à qui que ce soit ! Si on le sait par d'autres, à la bonne heure ; mais pas par moi ! Malheureusement il faut visiter deux lycées avant celui de Lyon. Ainsi je ne pourrai point y aller l'attendre. Il faudra ne partir qu'avec lui, mais je serai auprès de toi au commencement de mai.
Oh, mon Dieu ! voilà les trois quarts ! D'ici à la grande poste ! Adieu, adieu, mon cher, mon bon ami ! Aime-moi comme je t'aime, comme je t'embrasse.
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