To Claude-Julien Bredin   13 avril 1813

[305] Mardi 13 avril 1813

Mon bon ami, je t'écrivis hier une lettre, qui d'après l'idée confuse qui m'en est restée, était tout à fait insensée. Comme j'ai aujourd'hui une bonne nouvelle à t'annoncer ; j'en profite pour te demander pardon de ma folie, moi qui devrais te consoler. Cette malheureuse lettre aura dû te faire de la peine, en te montrant combien il y a d'indignes sentiments en moi, comme je me laisse dominer par des émotions que je devrais mépriser ; et cependant, j'étais encore si en colère contre moi que la main me tremblait en t'écrivant et qu'elle me tremble encore aujourd'hui. Voici maintenant ma nouvelle ! M. Guidi, ancien professeur de mathématiques au lycée de Lyon, qui vient d'être[306] nommé inspecteur de l'Académie de Grenoble, qui a suivi autrefois un de tes cours, et qui t'a servi dans la circonstance présente avec le plus grand zèle, vient de venir me voir pour me dire que le Ministre a enfin promis, à ce parent de M. Guidi qui a été de beaucoup ma meilleure corde dans cette affaire, que tu serais directeur.

Je ne puis te l'écrire que sous le plus grand secret. M. Guidi, qui te verra à Lyon en se rendant à Grenoble (il partira d'ici le mercredi de Pâques, de demain en huit), est tout content de cette assurance, et il m'a fait tant de plaisir que j'ai passé de cette si pénible agitation d'hier à un tel calme que tout le reste m'est égal à[307] présent. M. Guidi est réellement un excellent homme, que tu auras sûrement un grand plaisir à voir. Je l'aime de tout mon cœur du zèle que j'ai vu en lui pour toi. Mon bon ami, je vais aller à la Commission des livres classiques. Adieu, aime-moi, écris-moi. J'espère, dans un mois, être auprès de toi. Présente bien mes respects à Mme Bredin, embrasse pour moi ma bonne Agathe et tous tes enfants ! Je t'aime et t'embrasse de toute mon âme. Ton ami, A. Ampère

P. S. - Mon ami, je tremble à présent de t'avoir écrit cela, il ne faut rien en dire à qui que ce soit, tu en sentiras bien[308] la conséquence. Cela nous compromettrait tous trop fortement, et tu sais bien combien un secret est difficile à ne pas trahir quand il intéresse beaucoup, parce qu'on prend même sur soi pour ne le pas trahir. Mon vrai, mon bon ami !

A monsieur Bredin Professeur d'anatomie à l'École vétérinaire,à Lyon (Rhône)

Please cite as “L445,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 5 June 2025, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L445