je voudrais t'écrire sans cesse ; mais pas un moment ! Je vois bien que j'échouerai à l'Institut, mais je ne puis me résigner à ne pas faire les démarches nécessaires, et à ne pas travailler pour y obtenir des titres. J'y ai lu, et l'on condamne mon mémoire sans l'examiner. Celui des membres dont l'amitié me devait être la plus assurée, pour qui j'avais sacrifié une place qui serait peut-être à présent ma ressource, tu sais bien qui, m'a reproché, jusqu'aux plus graves injures, ma correspondance avec M. Davy comme un crime 1 !
Je me vois en butte à la haine de ceux à qui je n'ai jamais fait de mal, inquiet au dernier degré du présent et de l'avenir, ne me voyant peut-être bientôt aucune ressource pour subsister ici ; et tout [258]cela ne fait qu'une bien petite partie de mes peines. Il en est de toutes les sortes, et cependant de quoi oserai-je me plaindre ? La malédiction du ciel semble attachée sur moi ; mais c'est toujours par ma faute, que je me suis précipité dans le malheur. Toujours je ne sais quelle providence me mettait dans une situation qui m'éclairait, qui me donnait le temps de réfléchir, et ensuite un événement subit me venait entraîner dans le moment où je semblais n'avoir plus rien à craindre. Les circonstances de ce malheureux mariage qui, il y a sept ans, a perdu toute ma vie, me sont encore présentes. Combien elles se retracent plus vivement à mon esprit ! Ah, mon ami, que ne puis-je causer quelque temps avec toi ? Mais où trouver de la consolation sur la terre quand on ne[259] peut plus retrouver les illusions, même les plus élevées ; celles qui nous détachent de cette terre ; celles dont j'étais possédé quand je t'ai connu ? Que puis-je être aux yeux de Dieu ? A quoi puis-je soupçonner même qu'il me destine ?
On vient m'interrompre, il faut que je sorte. Je veux que ma lettre parte aujourd'hui. écris, écris, je t'en prie à ton malheureux ami. A. Ampère
Please cite as “L468,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on