[illeg] Je te parle toujours de ma tristesse. Ne m'en demande pas la cause, cher ami. Je ne pourrais pas te la dire ; ou du moins pour te la dire, il faudrait te raconter ma vie entière. Oh, elle s'est bien arrangée, ma vie ! Mes sottises et les fautes des autres ont tout gâté. Le mal est presque irréparable. Je te l'ai dit bien souvent : je suis tout à fait extraligné. Tant d'autres seraient heureux, très heureux à ma place ![illeg] [313] Je remercie Dieu de faire couler les années avec cette inconcevable rapidité, qui cependant me fait frissonner. Oh, Ampère, songes-tu combien ce rêve pénible sera bientôt achevé ? [illeg] [314] [illeg]
Tu me demandes si j'ai lu Mme de Staël. Mon ami, j'ai lu un seul volume avec un très grand plaisir. [illeg] Tu t'imagines facilement combien j'ai pensé à toi en voyant qu'elle soutient l'opinion que nous avons toujours eue en commun sur le désintéressement en morale, et celle que j'ai si longtemps et si facilement combattue sur l'inutilité. Tu as eu bien du mal à m'y faire venir et c'était une grande bêtise de ma part ; car ces deux opinions sont intimement liées et je ne le voyais pas. Mme de Staël fait un très bel éloge de l'inutilité, de la noble inutilité.[illeg] [315] [illeg] As-tu lu les [Vers dorés] de Pythagore de Fabre d'Olivet 1 ; lis-les ! Ballanche, et moi en avons été enchantés. Pas de tout cependant ![illeg] Ballanche travaille à son Antigone qui est un ouvrage charmant [illeg]
Tu sais que le traducteur d'Homère et le créateur d'Antigone 2 ont reçu des coups de plat de sabre et qu'ils ont failli être aussi mal traités que Franchet, qui au reste, va au mieux [illeg]
Please cite as “L483,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on