J'ai vu avec bien du plaisir dans ta dernière la convalescence de ton fils dont j'étais en peine. J'espère qu'il est à ce moment en parfaite santé. Mme Carron ne m'avait pas appris ton dessein de vendre Poleymieux, en sorte que, n'étant instruit de rien, je lui ai demandé où cela en était. D'après ce qu'elle m'a dit, il paraît que M. Buisson est venu la voir et qu'il lui a dit qu'il s'occupait de cette vente pour laquelle il y a plusieurs concurrents. Il paraît que ton fermier exige des dédommagements ; mais j'en ai trop peu su par Mme Carron pour te dire en quoi consistent ses prétentions. Ce sera le sujet d'une lettre que t'écrira ou t'a peut-être écrite M. Buisson : il pense que ce domaine vendu en détail t'aurait rendu davantage.
Quant à l'opinion de Mme Carron et de tes amis sur ta détermination à cette vente, si ton bonheur te fait rencontrer une bonne acquisition d'immeuble à Paris, c'est-à-dire en bon état et libre d'hypothèques et entraves qui pourraient dans la suite te causer de l'ennui, il n'est pas douteux, ainsi que tu le dis, que tu augmenteras beaucoup ton revenu, quand même tu aurais augmenté le prix de la ferme de Poleymieux qui n'était pas porté à beaucoup près à sa valeur.
D'autre part, ce qui peut te donner de l'inquiétude, c'est que, comme le proverbe dit, on connaît bien ce qu'on vend et l'on ne connaît pas ce qu'on achète. Poleymieux est un excellent domaine qui rendrait[60] à un propriétaire qui voudrait en faire son habitation et y donner ses soins. Mais ce n'est pas là le cas qui peut te regarder puisqu'au contraire ton sort et celui de ton fils paraissent fixés à Paris. Il faut repousser l'idée du retour de ces temps malheureux qui nous ont affligés et où Poleymieux, dans un bouleversement des choses, t'offrait une retraite agréable et le nécessaire pour la vie ; il t'aurait été précieux à cet égard ; mais un gouvernement fort et sage maintiendra la tranquillité dont nous jouissons. Bref, tout le bavardage que je te fais consiste à te dire que le succès de cette affaire dépend ainsi que tant d'autres du sort que le destin prépare à la France, comme encore beaucoup de l'acquisition que tu feras à Paris 1.
[illeg] [61]Adieu, très cher frère, ne travaille pas au delà de tes forces et conserve ta santé ! Ton affectionné, P. MARSIL
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