To François Carron (frère de Julie)   10 juin 1819

10 juin 1819 [14 juin 1819]

Si je ne t'ai pas écrit plus tôt, mon cher frère, c'est que ce n'est qu'aujourd'hui qu'on a levé les scellés, parce qu'il avait fallu remplir la formalité de faire nommer par un conseil de famille un subrogétuteur à mon fils. C'est une chose de forme qui a retardé le reste. Je t'ai promis de te dire ce qui se serait trouvé dans le secrétaire de notre pauvre mère. On vient tout à l'heure d'en faire l'ouverture. On y a trouvé pour douze mille et quelques cents francs de billets sur trois différents négociants, en un testament où elle dit que sa volonté est que ses trois enfants, toi, Mme Périsse et mon fils partagent sa succession par égales portions en tant qu'elle se compose du domaine de Saint-Germain, de l'argent placé et de son argenterie.

Le reste du mobilier de la maison de Lyon est donné à Mme Périsse que sa mère charge en même temps de tous les frais funéraires. Ce mobilier, dont l'argenterie est exceptée, ne paraît pas une chose de beaucoup de valeur. Ce n'est pas un sujet de se plaindre. Elle ajoute dans ce testament qu'elle désire qu'un des héritiers rachète les parts des deux autres, afin qu'elle ait la consolation que la maison reste dans la famille. Elle l'estime, dit-elle, quarante mille francs. Je ne sais pas si M. Périsse se souciera de remplir cette condition. Je le voudrais pour que les dernières volontés de notre excellente mère fussent entièrement accomplies. En entendant lire le testament, je pensais que, si aucun autre héritier n'en voulait, je devrais le faire au nom de mon fils ; mais j'ai ensuite réfléchi que c'était une manière d'employer son argent bien peu avantageuse. On dit ici qu'avant la majorité de mon fils, on ne peut vendre qu'avec des formalités très coûteuses à cause que, tant qu'il y a un mineur, on ne peut vendre que par enchères juridiques. Les droits de justice emporteraient, dit-on, environ trois mille francs. En sorte que notre intérêt à tous est d'attendre cette majorité pour vendre, si cela doit sortir de la famille.

Voilà, mon cher et excellent frère, ce que j'avais à t'écrire pour te tenir au courant de tout. On a trouvé sur un papier cacheté : promesses de mon fils. Cela m'a inquiété dans ton intérêt ; mais il n'y avait dedans que des quittances de petites sommes pour intérêt  ; ainsi cette chose-là est insignifiante.

Embrasse bien tendrement pour moi, ma sœur et Eliza ; puissiez-vous être en bonne santé ! Tout le monde se porte bien ici ; puisses-tu trouver promptement un emploi avantageux ! Si je te savais hors de tes ennuis et de tous les chagrins que tu as soufferts, ce serait un grand bonheur pour moi. Tu me ferais un bien grand plaisir en me donnant de tes nouvelles et de celles de ma sœur et d'éliza. Tu m'écrirais alors à M. Félix, recteur de l'Académie de Nîmes, pour remettre à M. Ampère, inspecteur général des études à son passage par cette ville, à Nîmes, département du Gard. J'y serai, dans quatre à cinq jours. Je t'aime et t'embrasse de toute mon âme.

Ton frère. A. Ampère

A Monsieur Carron, rue Feydeau, n° 1, au coin de la rue Montmartre, à Paris.

Please cite as “L578,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 5 June 2025, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L578