To Claude-Julien Bredin   30 septembre 1819

Lundi 30 septembre 1819

Mon bien cher ami, je t'écris de l'Institut pendant la séance, je n'ai pas le temps d'écrire une ligne et je m'en veux de te laisser si longtemps sans lettres de ton ami, quoique ce ne soit pas volontairement. Je me suis tant tourmenté à travailler et à m'inquiéter de mille circonstances qu'il a fallu avant-hier me mettre 12 sangsues au cou. Du reste je me porte bien, mais plus tristement que jamais. As-tu lu le voyage en Ashantie (royaume (d'Afrique) par un Anglais ? Je crois qu'il se nomme Bedowick ; mais je crois que je me trompe en effet. C'est réellement Bowdich son nom.

Je suis accablé de mes idées, plus vagues que jamais ; changeant de jour à autre, elles n'en sont que plus pénibles. Heureusement que le temps me manque pour réfléchir, parce que, dans cette affreuse incertitude de moi-même, la possibilité de réfléchir me tuerait. Donne-moi de tes nouvelles, je t'en prie, de celles de ta femme qui a dû tant souffrir du terrible accident que j'ai toujours devant les yeux, de tes pauvres enfants et, en particulier, de mon Agathe. Si tu pouvais aussi en savoir de M. et de Mme Lambert, tu me ferais bien plaisir de m'en donner. Ils m'avaient promis de t'aller voir en arrivant à Lyon ; si l'ont fait, je les en remercie ; c'est une douce pensée pour moi que ton absence de ton ami ne t'empêche pas de voir des personnes qui m'ont vu peu de temps auparavant, de parler de moi avec ceux à qui je parlais de toi quelques jours auparavant.

Pendant leur séjour à Paris, j'avais un extrême plaisir à les voir et cela m'empêchait de tant souffrir de mes pensées. Je voudrais qu'ils fussent bien heureux. Mais toi, cher ami, c'est toi dont le bonheur me consolerait de tout et dont les souffrances de toutes sortes rendent mes peines mille fois plus amères. écris-moi donc, cher ami, dès que tu auras un moment de temps ; débarrasse-moi du mauvais esprit qui semble s'être emparé de moi. Je t'aime et t'embrasse de toute mon âme.

A Monsieur Bredin, directeur de l'École royale vétérinaire, à Lyon.

Please cite as “L583,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 5 June 2025, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L583