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To Jean-Jacques Ampère (fils d'Ampère)   30 novembre 1824

30 novembre 1824

Excellent fils, je ne sais comment t'exprimer combien j'ai été touché de la résolution que tu as prise de revenir auprès de ton pauvre père. Je sens tout ce qu'il y a là de tendresse pour moi. C'est une bien douce consolation du malheur qui m'est arrivé ; sans lui, je ne saurais pas combien tu m'aimes. Sans lui non plus, je n'aurais pas su à quel point la providence veille sur moi pour me retirer des abîmes où je me précipite. Je vois bien que les âmes angéliques qui m'aimaient sur la terre et qui sont maintenant au ciel, la prient pour moi. Il fallait que je souffrisse tout ce que j'ai souffert pour me ramener à la vérité que j'avais si inconcevablement abandonnée. Je t'écris aujourd'hui fête de Saint-André, mon patron ; tu sais que c'est ce jour-là il y a huit ans que je de si vives Albine m'a joué hier une pièce de musique pour accompagner les fleurs qu'on me donnait. Je crois qu'elle s'est bien perfectionnée. Albine et ma sœur sont pleines de tendresse pour toi. Nous parlons sans cesse de ton prochain retour ; mais il y a, au fond de mon âme, une tristesse indicible. J'ai commencé hier mon cours au Collège de France, aujourd'hui à l'école Polytechnique. Je ne sais rien de M. C[[uvier]] que ce qu'on voit dans les journaux. Je désire extrêmement d'apprendre que ce malheur a cessé. J'en viens à la lettre que tu crois de M. Morel. D'après des règles de la poste que rien ne peut changer, il est impossible qu'un tiers qui n'est pas porteur d'une procuration en forme, retire une lettre adressée à un autre, à son fils comme à un étranger. D'ailleurs, à cause des milliers de lettres qui vont et viennent chaque jour, il n'y a aucun moyen de réclamer et de désigner telle lettre rapportant marque deviendra aussi facile qu'il est impossible autrement. écris au Directeur général des Postes : M. le Directeur général, par un avis que j'ai reçu en date du sous le n° , j'apprends qu'une lettre qui m'était adressée en Italie, où j'étais alors, est restée au bureau de Longjumeau, faute d'être affranchie. Comme j'arriverai incessamment à Paris, je vous prie de la faire adresser à mon domicile dans cette ville, rue des Fossés-Saint-Victor, n° 19, à Paris ; le port sera payé par le concierge que j'ai chargé de recevoir mes lettres. J'ai l'honneur... Au moyen de cette lettre, la tienne arrivera ici et, si tu n'es pas encore de retour, je ferai ce que tu me diras de faire. N'oublie pas surtout de signer et de dater ta lettre et de donner la date et le numéro de l'avis ! Je n'ai pas besoin des nouvelles. Je te prie instamment de voir Bredin ; il est abîmé de douleurs. L'autorité a voulu que sa femme cessât d'habiter à l'école vétérinaire (2). Vois-le au nom de son ami Ampère qui a eu à peine le temps de lui écrire une lettre presque insignifiante ; j'étais si tourmenté ce jour-là ! Ah, mon fils, mon véritable ami, que ta vue mettra de calme, je l'espère, dans mon âme si agitée ! Je n'ai pas besoin de te dire tout ce que ma sœur et Albine sentent pour toi ; elles comprennent, comme moi, ce que tu fais dans ce moment pour nous. Ma cousine aussi a été bien touchée de ce que tu m'as marqué pour elle. A. Ampère

poste restante à Lyon

Please cite as “L678,”εpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 23 September 2019, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L678