[illeg] Mon pauvre ami, le temps te paraît donc bien long, bien ennuyeux ? Je pense que c'est impossible que tu le trouves autrement. Mais, mon bon ami, nous nous y sommes bien attendu et tu ne le pensais pas moins lorsque tu voulais partir. Les réflexions que tu faisais en revenant de Poleymieux te tourmentaient d'une autre manière et tu pensais que, pour l'avenir, il fallait sacrifier le présent. Que toutes ces idées ne soient pas loin de ta mémoire et tu trouveras[99] qu'en faisant ce que l'on croit devoir faire on est tranquille. Tu sais, mon bon ami, que ce raisonnement a toujours été ma grande ressource [illeg] Ton M. de Jussieu-Bressoles est venu l'autre jour pour me dire qu'il ne pouvait pas placer les différentes choses qu'il était convenu d'acheter ; il a emporté pièce à pièce tout ce qui dépendait de la machine électrique et signé tous les articles ; il a dit qu'il donnerait encore un louis et qu'il laisserait le reste. Je me suis obstinée que le marché tint ; il m'a dit qu'il t'écrirait. Ce qui me reste, c'est la machine à eau : je pense 24 livres ; le bain, 18 ; l'appareil, 6 ; total 54. Voilà, mon cher ami, ce qui prouve bien qu'il vaut mieux tenir son argent que de l'attendre[100] [illeg] Je ne te réponds rien sur mille choses par la raison très raisonnable qui t'a fait mettre ta lettre à la poste. Fais bien attention, mon fils, à tout ce que tu dis. L'histoire de Renaud est une leçon dont tu te serais bien passé et moi aussi, mais qui n'est pas importante. Il ne faut pas étaler ses principes. Pense à Déplace ! Mais, mon bon ami, je fais une conversation avec toi qui a quasi un air de pédanterie ; mais tu sais qu'en te parlant je te dirais de même et j'aime à oublier que je t'écris [illeg] Samedi je fus encore au Griffon. J'engageai Mlle et Mme Sarcey à venir dîner en rue Mercière pour voir les masques le mardi gras [2 mars]. Ma sœur, ses enfants, la famille Périsse, tout devait venir ; aujourd'hui nous devions aller dîner et goûter chez les dames Allard et tout cela a été dérangé parce qu'hier j'étais un peu malade la nuit. J'ai eu un peu de fièvre. C'est parce que c'est le premier de mars et que je suis toujours comme dans le temps où j'étais nourrice.
[101] M. Martin est venu et a dit de prendre des bains de pied avec de l'absinthe [illeg] Je veux, avant de fermer ma lettre, te recommander de ne rien prendre sur toi pour les machines de physique [illeg] Tu ne me dis point comment s'est fait l'inventaire, de quoi tu réponds, si l'on te donnera un aide, si tu penses bientôt commencer ton cours, si tu auras des élèves de mathématiques, si tu fais bon feu, si ta chambre est bien saine, si tu as des chaises [illeg] Prends garde de n'en pas vouloir[102] injustement à celui qui t'a fait faire connaissance avec le mari, car ce n'est pas avec la femme et l'un peut valoir mieux que l'autre [illeg] Parle-moi du préfet, de ce qu'il te promet pour notre logement ; car je vais mettre l'écriteau et, si je loue et que tu sois obligé de revenir ici, c'est bien de l'embarras et des frais [illeg] Dis-moi si tu vas te mettre à finir ton livre sur la physique ! [illeg] [103] Adieu, mon petit, adieu.[illeg] Mme Lempereur m'a rendu sa visite en voiture et, malheureusement, je n'y étais pas ; elle en a été fâchée et moi aussi. Je n'ai point vu son frère ni Ballanche. Adieu encore.
Please cite as “L83,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on