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To Jean-Jacques Ampère (fils d'Ampère)   31 mai - 1er juin 1836

[443] Marseille 31 mai [1836]

Mon cher fils, que je dois te remercier de ta lettre que j'ai reçue à Roanne ! Sans elle, je n'en aurais aucune ; car à mon grand désappointement, je n'en trouve aucune ici, où j'avais dit qu'il fallait m'écrire. Je crois qu'il serait encore temps de le faire. Car il faut convenir de tout à présent que M. le docteur Cauvière m'a bien rassuré. Je suis arrivé à Marseille, persuadé que j'étais plus malade que quand j'allais à Hyères, ayant de plus qu'alors un épouvantable mal de gorge et, d'ailleurs, tous les mêmes symptômes, les mêmes crachats, etc. M. Cauvière a jugé de tout cela tout autrement ; il a arrangé avec M. Matter qu'il verrait seul Toulon, Draguignan, Brignolles ; que, pendant dix jours que cela durerait, je demeurerais au Collège de Marseille, où je serais soigné par l'infirmière. Il se fait fort que [après] ce temps, avec le régime et les petits médicaments qu'il prescrira, il n'y aura plus de trace de catarrhe, ni de mal de gorge, et que je pourrai faire des examens comme auparavant.

Mais ce qui m'étouffe, c'est de n'avoir pas trouvé ici de lettre de Lenoir ; j'en devine la cause et j'en suis accablé. C'est qu'il n'a pas écrit aux frères Ride, qu'il ne m'écrit pas. Oh, mon fils, obtiens qu'il leur écrive ! La lettre à Alphonse était bien avancée quand j'ai quitté Paris. Cette lettre de Lenoir à Alphonse et celle qu'il a promis d'écrire à Gabriel, peuvent seules empêcher, soit celui-ci de vouloir revenir, soit Alphonse de consentir ou de contribuer à son retour.

[444]Il faut proviseur pour les collèges royaux : quatre seulement dans cette tournée, ceux de Marseille, Grenoble, Lyon et Dijon. Il faut principal à tous les autres collèges qui sont communaux.

Comme il fallait, dans tous les cas, arriver à Roanne le même jeudi à la même heure, le retard causé par le voyage du Roi à Fontainebleau m'a fait le plus grand mal, en m'obligeant à faire vingt postes par jour deux jours de suite, à ne m'arrêter une fois qu'à près de 11 heures du soir ! Presse, tourmente Lenoir pour qu'il écrive aux MM. Ride ; obtiens à tout prix qu'il le fasse !

Mais il y a autre chose. A-t-on eu nouvelle qu'un paiement ait été fait à M. Gabriel par M. Albain Michel ? En a-t-on remboursé le montant à M. Errard ? Comment ne m'a-t-on pas écrit là-dessus ? Il faut tout de suite m'en écrire, soit le oui, soit le non. Et aussi tout de suite le oui ou le non : M. Lenoir a-t-il écrit à M. Alphonse Ride ? Lenoir a-t-il écrit à M. Gabriel Ride ? Si l'on ne m'a rien écrit de tout cela à Marseille, que j'avais marqué comme le lieu où il fallait m'écrire, il faut sur-le-champ me l'écrire, au principal du Collège d'Aix (Bouches-du-Rhône), où la lettre pourra encore m'atteindre, si l'on n'y[445] met aucun retard. Si, par hasard, tu n'es pas au courant de ces trois points, envoie ma lettre à M. Lenoir par un exprès, afin qu'il fasse la réponse sur-le-champ.Plus tard, il faudrait adresser les lettres au proviseur du Collège royal de Grenoble (Isère).

Tu as trouvé sans doute l'annonce du prix sur l'influence de la littérature espagnole d'abord, que tu as beaucoup travaillée pour l'école normale, et, par suite, de toutes les autres littératures sur la nôtre. Les conditions sont détaillées dans le Journal général de l'Instruction publique, n°19, qui a paru le jeudi le plus proche de mon départ de Paris. C'est dans un rapport au Roi du Ministre tendant à autoriser divers emplois de fonds Montyon proposés par l'Académie, je crois, des sciences philosophiques. Rapport approuvé par le Roi.

Maintenant tu me fais bien de la peine en me disant que tu n'es pas sûr d'avoir le temps nécessaire pour concourir ! Oh, pense combien c'est ta partie, dont il ne faut pas que d'autres viennent s'emparer ! Il faut le trouver, ce temps ; ce soin doit passer avant tout autre.

Comment ne m'a-t-on pas écrit si Albine est à Paris ou à l'Enclos ? Mille amitiés à la famille, à Lenoir, à Ballanche. Je te prie d'offrir mes plus respectueux hommages à Mme Récamier. Je t'embrasse plus tendrement que jamais, cher et bien aimé fils. A. Ampère

[446]Monsieur J-J Ampère, professeur de littérature au Collège de France, à Beauséjour, entrée du Bois de Boulogne, Passy, banlieue de Paris, département de la Seine

Please cite as “L830,” εpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 14 August 2020, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L830