Monsieur et Respectable ami, Pardonnez-moi si je ne vous ai pas écrit plus tôt, ce n'est certainement pas que je vous ai oublié. J'ai souvent pensé à vous surtout devant Dieu. Vos [soins] en votre [temps] que vous avez si souvent bien voulu me donner, l'intérêt que vous m'avez toujours témoigné me faisaient un devoir dont je m'acquitte bien volontiers. J'ai fait mettre à la poste à Rome la lettre pour Mr votre fils, mais je ne l'ai pas encore vu et n'en ai pas eu de nouvelles. J'ai distribué à Turin, à Milan, à Rome, etc... la description de votre nouvel appareil et quelques uns de vos opuscules que vous m'aviez confiés. Notre professeur de physique et de chimie les goûte beaucoup et se propose bien d'exposer à ses élèves vos découvertes et votre théorie, et de répéter quelques unes de vos expériences. Quant au grand appareil, je ne crois pas qu'il le demande encore cette année, à cause de la difficulté du transport. Je ne crois pas d'ailleurs que les artistes de Rome soient en état de l'exécuter. Et puis dans où il faut monter ce collège absolument de tout on ne peut pas faire beaucoup de dépenses[32] en instruments. Au reste nous avons bien à bénir la providence. Le nombre des écoliers est déjà de plus de mille et ils sont animés d'un très bon esprit, remplis de zèle et pour la piété et pour les sciences. Dès le commencement ils nous ont donné beaucoup de consolation. Pour moi ma classe n'est pas bien nombreuse mais je suis fort content de mes élèves. Tous travaillent bien et la plupart avec succès. Nous avons déjà vu les deux trigonométries, nous commençons à en faire quelques applications à l'astronomie. Je ne tarderai pas à leur donner des notions suffisantes de géométrie analytique et de calcul différentiel et je profiterai des excellentes choses que vous avez bien voulu me communiquer. Je verrais bien volontiers le suite de vos feuilles sur le calcul différentiel si vous vouliez avoir la bonté de les remettre à celui qui vous rendra cette lettre, il me les ferait tenir, avec quelque autre chose par la même occasion. J'espère que vous voudrez bien y ajouter une petite lettre. Je désire bien savoir si vous avez commencé votre cours au collège de France et comment vous en êtes content, si vous êtes toujours dans l'intention de faire imprimer vos leçons de physique que nous verrions avec bien de l'intérêt. Je souhaite bien vivement que Dieu répande des bénédictions sur vos travaux, pour la gloire de sa Religion sainte et qu'il vous donne autant de consolation au collège de France que vous avez éprouvé de peine et de contradictions à l’École polytechnique. Au reste soit qu'il plaise à Dieu de nous consoler par les succès ou de nous éprouver par les tribulations, le vrai chrétien sait profiter de tout, parce qu'il sait que dans les vues paternelles de la divine providence tout est ordonné avec une sagesse infinie et pour notre plus grand bien. Veuillez croire toujours, Monsieur, dans les sentiments chrétiens et de reconnaissance que vous m'avez inspirés, invariablement en N.S. Votre humble et dévoué serviteur. Dumouchet Prêtre Prof. au Collège Romain à Rome
Post. Script. Avant de clore ma lettre, je l'ai montrée à notre professeur qui reste décidé à employer quelque argent dont on lui a donné la disposition pour se procurer votre grand appareil. Nous allons aujourd'hui au Collège de la Sapience et il est possible que le professeur se détermine aussi à en faire venir un pour lui. Mais j'écris à Paris par la même occasion pour en demander un ou peut-être deux ou trois à M. Pixii. Je suis charmé que le Collège Romain ait l'initiative, en vous faisant mieux connaître encore et en Italie, le tout ad majorem Dei Gloriam, a quo bona cuneta precedant et ad quum [illeg]. Je vous prierai de voir cet instrument ou ces instruments chez M. Pixii pour vous assurer qu'ils sont bien conditionnés, avant qu'il les expédie... de nouveau tout à vous en N.S. D.f.s.j.
Please cite as “L837,” in Ɛpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on