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From Claude-Julien Bredin   5 septembre 1824

[183] Lyon 5 septembre 1824

[ illeg] Je viens d'embrasser Gasparin [ illeg] Il te croyait très heureux ; mais je l'ai dissuadé. Il ne comprend pas mieux que moi comment tu as pu te laisser entraîner à donner ta démission d'une place qui s'accordait si bien[184] avec ta nouvelle chaire. 1 Je t'ai dit hier, mais assez sottement, que je ne demande pas mieux que d'apprendre que M. Degérando ne fume plus ; mais j'espère que les médecins de Paris lui diront et que lui-même, qui a tant réfléchi sur le pouvoir de l'habitude, sentira la nécessité de n'agir qu'avec beaucoup de ménagement et de discrétion quand il s'agit de rompre une habitude qui a pris tant de force et qu'il ne faut détruire qu'en lui substituant quelque chose d'analogue, ou bien en la diminuant peu à peu. Il serait bien superflu de te dire sur quoi je me fonde pour attacher à cela une si grande importance. Plus j'y réfléchis et plus je tremble que notre excellent ami n'emploie à se vaincre une force qui pourrait avoir de funestes résultats.

Connais-tu le plan de son livre de morale ? Je l'ai beaucoup admiré. Je suis impatient qu'il paraisse. Je n'essaierai pas de te dire tous les ennuis, tous les chagrins qui empoisonnent ma vie, mais qui, grâce à Dieu, ne m'accablent pas encore. Il en arrivera tout ce que cette bonne [185] Providence voudra ; mais je suis prêt à tout [ illeg] Je bénirai tous les coups que je recevrai, quels qu'ils soient. Car ne sais-je pas que tout est pour mon bien : remèdes, œuvres, opérations douloureuses ? Si tout cela ne m'était pas nécessaire, on ne m'y soumettrait pas.

Tous les jours, j'ai de nouveaux ennuis à supporter. Ce matin encore, un homme, un maître de pension, auquel je dois 300 francs, me menace de poursuites judiciaires, quoique je ne lui demande que le répit de cinq ou six jours. Que faire sinon de me résigner, puisque je n'ai aucun moyen de sortir de l'embarras où je suis ; du moins dans le moment ; car, dans l'avenir, c'est autre chose, je pourrai sortir d'un mauvais pas en me jetant dans un autre.

Je viens de recevoir une lettre de M. le baron Cuvier. Il me donne une commission ; tu sens avec quel empressement je la ferai. Je vais lui répondre. Chose remarquable, la première lettre que je reçois de cet homme célèbre m'arrive au moment où je commençais la première [186] lettre que je lui écrivais. C'était une sorte d'analyse des volumineuses notes que j'ai recueillies sur ces fossiles. C'était toi, comme je te l'ai déjà écrit, qui devais lui remettre ces notes que je lui envoie bien moins pour ajouter un fait nouveau à tous ceux qu'il a recueillis que pour qu'il puisse m'indiquer certaines attentions que je risque d'oublier 2 [ illeg]

Footnotes

(1) Chaire de physique au Collège de France.
(2) La Notice sur des os fossiles mammifères, trouvés à la Croix-Rousse, en août 1824, a paru partiellement dans les Archives historiques et statistiques du Rhône.

Please cite as “L929,” εpsilon: The André-Marie Ampère Collection accessed on 30 March 2020, https://epsilon.ac.uk/view/ampere/letters/L929