Mon cher Monsieur
Je m’empresse de vous remercier de votre nouveau volume sur les Mouvements des plantes. Il me parait d’un grand intéret. Je me réjouis de le lire, et mon fils qui s’est occupé du sujet en profitera encore mieux. Asa Gray, dans son petit ouvrage destiné aux théologiens, avait insisté d’une manière qui m’avait étonné sur l’absence de limite claire entre les deux règnes.2 Vous donnez des faits bien curieux à l’appui. Je ne lis jamais un ouvrage de vous sans penser au plaisir que mon père3 en aurait éprouvé s’il avait vecu plus longtemps, car il était bien de ces savants dont nous parlions qui aimaient les choses nouvelles et originales, même contraires à ce qu’ils avaient admis dans leur jeunesse.
Comme les ruisseaux doivent couler dans les fleuves, je veux vous raconter un fait qui confirme ce que vous avez dit sur les hybrides (Animals and plants under domestication 2 p. 44). Il m’a été donné par Mr Ed. Bertrand, zèlé apiculteur, qui publie l’Apiculteur de la Suisse romande.4 Je l’avais questionné sur les effets des piqûres d’abeilles et il me dit, entre autres choses:
“Ce sont surtout les abeilles croisées (appelées hybrides ou métisses) qui nous piquent. Le croisement le plus commun est celui de l’abeille jaune ou italienne avec l’abeille noire ou commune. Je recois 50 piqûres d’une ruche croisée pour 10 d’une noire ou 1 d’une italienne pure. C’est à peu près la proportion. Les races carniolienne, italienne et assure-t-on caucasienne (celle-ci surtout) sont plus douces avec les hommes que la race commune. Mais un mélange de sang les rend toutes beaucoup plus méchantes. Il en est de même chez les mulets, et les bardots, avec cette différence que les croisés abeilles sont féconds. Cette méchanceté des hybrides est universellement admise, comme un fait général comportant des exceptions; elles sont excellentes comme butineuses”
Je n’ai pas eu le temps d’expliquer à Monsieur votre fils un procède graphique dont je me suis servi pour representer les faits d’hérédité. Il faudra que je vous soumette une fois un dessin. Pour le moment je suis occupé d’une seconde rédaction du chapitre de ma Géographie botanique sur l’origine des plantes cultivées, qui fera un petit volume in -8o. Les faits découverts depuis 1855 ne font absolument que confirmer, soit les assertions soit les doutes, de mon premier travail. C’est satisfaisant dans un sens, mai peu amusant à exposer.5
Mes compliments, je vous prie, à Madame Darwin, et à Mr Francis6 et croyez moi toujours, mon cher Monsieur, | votre très dévoué | Alph. de Candolle
My dear sir
I hasten to thank you for your new volume on the Movements of plants. It seems very interesting. I am delighted to read it, and my son who works on the subject will benefit even more. Asa Gray, in his little work aimed at theologians, had insisted, in a way that astonished me, on the lack of a clear limit between the two kingdoms.2 You give very strange facts in support. I never read a work of yours without thinking of the pleasure that my father3 would have experienced had he lived long enough, for he was certainly one of those scholars of whom we would speak as loving new and original things, even the opposite to that which they accepted in their youth.
As streams must flow into rivers, I want to tell you a fact that confirms what you have said regarding hybrids (Animals and plants under domestication 2 p. 44). It was given to me by Mr Ed. Bertrand, a zealous beekeeper, who published l’Apiculteur de la Suisse romande.4 I had questioned him on the effects of bee stings and he told me, among other things:
“It is above all the crossed bees (called hybrids or mixed-race) that sting us. The most common crossing is that between the yellow or Italian bee and the black or common bee. I get 50 stings from a crossed hive for every 10 of a black or 1 of a pure Italian. This is an approximate proportion. Carniolan, Italian, and, I am told, Caucasian races (these above all) are more gentle with humans than the common breed. But a mixing of blood makes all of these more agressive. It is the same with mules and hinnies, with this difference, that crossed bees are fertile. This agressiveness in hybrids is commonly accepted, as a general fact with exceptions; they are excellent foragers”
I did not have time to explain to your son a graphic method that I use to represent hereditary traits. I must sometime submit a drawing to you. For the moment I am busy with a second draft of the chapter of my Géographie botanique on the origin of cultivated plants, which will make a small volume in octavo. Facts discovered since 1855 cannot but confirm, whether statements or doubts, my first work. It is satisfying in a way, but hardly entertaining to explain.5
Please give my regards to Mrs Darwin, and to Mr Francis6 and believe me always to be, dear sir, | your very devoted | Alph. de Candolle
Please cite as “DCP-LETT-12847,” in Ɛpsilon: The Charles Darwin Collection accessed on