Gand, 19 février 1862
Mon Cher Monsieur Tyndall,
Mr Van Hese est arrivé trop tard au dek avec la caisse, le vaisseau était parti, et il en résultera, dans l’envoi un retard de dix à quinze jours, en attendant, je viens vous mettre à même de réussir infailliblement les expériences devant la Société Royale.
Vous avez reçu, j’espère, ma lettre du 11 de ce mois, lettre dans laquelle je vous donne les explications relatives aux appareils accessoires qui accompagnent le vase à parois planes. Dans cette même lettre je vous disais que n’ayant pas réussi, à cause de l’hiver, à vous préparer un bon échantillon de liquide glycérique au savon de Marseille. Vous trouveriez dans la caisse un petit flacon enfermant une liquide glycérique beaucoup meilleur où le savon était remplacé par de l’oléate de soude. J’ajoutais que je vous engageais à envoyer cette dernière préparation qui réussirait peut-être par le [1 word illeg] températures. Or je viens de faire moi-même cet essai, en me plaçant, à dessin, dans les conditions de température les plus défavorables, et j’ai complètement réussi. J’ai fait ensuite un second essai dans des conditions analogues et j’ai de même complètement réussi. Il n’y a donc plus à cet égard le moindre doute, le liquide à l’oléate de soude peut se préparer sans aucun égard aux températures, et c’est là le véritable liquide glycérique: non seulement il réussit toujours, mais il donne des lames d’une énorme persistance, qui peut aller jusqu’à onze ou douze heures. Celui dont je vous parlais dans ma lettre du onze est déjà trop ancien et ne vous donnera que quatre ou cinq heures de persistance, mais vous trouverez dans la caisse un second petit flacon que j’y ai fait mettre depuis, qui est intitulé Liquide Glycérique No 2, et qui vous donnera les grandes persistances en question.
L’essai fait par M. Frankland est donc, vous le voyez, bien loin d’être suffisant; je vous engage avec les plus vives insistances à préparer le liquide à l’oléate de soude pour les expériences devant la Société Royale; ces expériences se feront alors avec une extrême facilité et un succès complet. Voici maintenant les renseignements nécessaires pour vous mettre à même de préparer le liquide en question. D’abord j’obtiens de la manière suivante l’oléate de soude suffisamment pur:
On se procure de l’acide oléique impur qui s’obtient dans les fabriques de bougies stéariques, il est brun et d’une odeur fétide; vous le trouverez probablement à la fabrique de M. Price chez les pharmaciens de Londres. On dissout deux parties, en poids, de soude caustique dans quinze parties d’eau distillée, on y ajoute trois parties de l’acide oléique en question, on mêle, on chauffe jusqu'à cent dégrées centigrades, on entretient cette température pendant une dizaine de minutes en mêlant de temps en temps, puis on laisse refroidir l’oléate de soude formé vient surnager en couche solide; on l’enlève, on le place dans un linge enveloppé de plusieurs papiers absorbants et on le compresse fortement dans une presse. En cet état, il est encore trop impur; on le redissout, à chaud, dans douze fois son poids d’eau distillée, on laisse plus au moins refroidir et on filtre; puis on y introduit du sel marin en petits cristaux et on agite; l’oléate de soude se sépare de nouveau; et il faut ajouter assez de sel marin pour séparer alors tout l’oléate. Celui-ci vient encore surnager en couches solides, qu’on enlève et que l’on compresse comme précédemment; enfin on conserve l’oléate de soude aussi obtenu dans un flacon parfaitement bouché, pour qu’il n’absorbe pas l’humidité de l’air.
Il est de toute nécessité que le sel marin employé soit bien pur, c'est-à-dire débarrassé des sels étrangers (probablement de magnésie) qu’il contient toujours; sans cela quand on redissout l’oléate dans l’eau pour l’employer il se forme toujours un précipité blanc qui passe à travers les filtres.
Quelque soit du reste l’acide oléique dont vous vous servirez, la préparation est la même.
Maintenant pour former le liquide glycérique, dissolvez une partie en poids de cet oléate de soude sec dans cinquante parties d’eau distillée, faites cette solution à chaud, et, quand elle sera refroidie, mêlez deux volumes de glycérine de Price avec trois volumes de cette même solution d’oléate, agitez fortement pour bien mêler, puis laissez reposer pendant quatre ou cinq jours; vous aurez alors un excellent liquide glycérique. Du reste, en recourant à l’obligeance de M. Frankland, il vous procurera peut-être, soit par le procédé au-dessus soit par un autre, de l’oléate de soude d’une pureté suffisante. Encore une fois je ne puis assez vous engager à préparer le liquide dont il s’agit; vos peines seront bien compensées par l’excellence des résultats.
Agréez, mon Cher Monsieur Tyndall, l’assurance de tous mes sentiments d’affection | J. Plateau
P.S. Le sel marin se purifie par des cristallisations successives. Si vous faites la préparation ci-dessous, suivez de point en point mes indications. Je vous autorise parler du liquide à l’oléate à la Société Royale.
Ghent, 19th February 1862
My dear Mr. Tyndall,
Mr. Van Hese arrived too late at the deck with the box1. The ship already left and it will result in a delay of ten to fifteen days for the shipment. In the meanwhile, I have just put you in a position of flawlessly succeeding with the experiments in front of the Royal Society.2
I hope you have received my letter from the 11th of this month,3 a letter in which I explained to you the accessory apparatuses that are coming with the planar-walled vessel. In that same letter, I told you that in the case of failure because of winter, you should prepare a good sample of liquid glycerin with Marseille soap. You will find in the box a small flask with a much better glycerin liquid, where the soap was replaced by sodium oleate. I added that I urged you to send in my last letter, this last preparation which could perhaps succeed by the [1 word illeg] temperatures. Now I have just done this test myself, by placing myself in the most unfavourable temperature conditions, and I fully succeeded. Thus, there is no doubt about it, a liquid with sodium oleate could be prepared regardless of the temperature, and that is the true glycerin liquid: not only that it always succeeds, but it also gives layers with enormous persistence, which could continue up until eleven or twelve hours. The one that I mentioned in my letter of the eleventh,4 is already too old and will give you only four or five hours of persistence, but you will find in the box a second small flask that I put since then, labeled Glycerin Liquid No 2, which will give you much better persistence.
The attempt made by Mr. Frankland5 is, as you see, sufficient enough, and I am most definitely urging you to prepare the liquid with sodium oleate for the experiments in front of the Royal Society. Those experiments will then be completed very easily and very successfully. Here is the necessary information to allow you to prepare this liquid. First, I achieve a sufficiently pure sodium oleate in the following manner:
We procure it from impure oleic acid that is obtained from factories of stearic candles, it is brown and foul smelling. You can probably find it at Mr. Price’s6 factory from the pharmacists of London. We dissolve two parts, by weight, of caustic soda in fifteen parts of distilled water, and then we add three parts oleic acid. We mix it and we heat it to one hundred degrees Celsius; we continue keeping this temperature for about ten minutes, while mixing occasionally. Then, we allow the formed sodium oleate to float up in a solid layer; we remove it and place it in linen wrapped in several paper towels, and we compress it powerfully in a press. In this state, it is still too impure. We reduce it, while hot, in distilled water twelve times its weight; we leave it to cool more or less and to get filtered. Then, we add some sea salt in small crystals and we stir. The sodium oleate separates from the piece, and enough sea salt should be added to separate all of the oleate. That will also float up in solid layers that we will remove and compress as previously. Finally, we keep the sodium oleate obtained as such, in a perfectly sealed flask, so that it would not absorb the moisture in the air.
It is absolutely necessary that only pure sea salt will be used, in other words, free of foreign salts (probably magnesium) that it always contains. Without this when the oleate is re-dissolved in the water for use it always forms a white precipitate that passes through the filters.
As for the rest of the oleic acid that you would use, the preparation is the same.
Now, to produce the glycerin liquid, dissolve one part, by weight, of that dry sodium oleate in fifty parts of distilled water, heat that solution, and when it will cool down again mix two volumes of glycerin from Price with three volumes of the same solution of oleate. Stir vigorously to mix it well, and then let it sit for four or five days; you will have an excellent glycerin liquid. As for the rest, by making use of Mr. Frankland’s kindness, he will perhaps procure for you, either by the procedure abovementioned or in another way, sodium oleate of sufficient purity. Again, I cannot urge you enough to prepare the liquid in question; your troubles will be well compensated by the excellent results.
Please accept, my dear Mr. Tyndall, the assurance of my warmest regards | J. Plateau
P.S. Sea salt is purified by successive crystallizations. If you do the preparation below, follow my indications step by step. I authorize you to tell the Royal Society about the liquid oleate.
RI MS JT/1/P/92
box: of instruments etc: see letter 1862.
succeeding with the experiments in front of the Royal Society: no record found.
my letter from the 11th of this month: letter 1862.
my letter of the eleventh: letter 1862.
The attempt made by Mr Frankland: no record found.
Mr Price’s factory: Price’s Patent Candle Company, a large candle manufacturer that also produced soaps, lubricating oils and glycerine. Price’s was a household name.
Please cite as “Tyndall1864,” in Ɛpsilon: The John Tyndall Collection accessed on